Jeremy Erismann
Expert en Gestion d'institutions de santé
Un système performant, mais sans gouvernail
La Suisse dispose d’un des meilleurs systèmes de santé au monde, mais aussi l’un des plus coûteux.
Vieillissement de la population, multiplication des pathologies chroniques, innovations technologiques : les besoins et les possibilités de soin augmentent. Mais derrière ces progrès, la question du pilotage reste sans réponse claire.
« Notre système n’est piloté par personne », constate le responsable de la formation Primes et coûts de santé : comprendre, piloter, expliquer d’oghma.
La Confédération fixe les bases légales et régule les assurances. Les cantons planifient les prestations hospitalières et ambulatoires. Les communes peuvent financer certains soins de proximité. Mais aucun acteur ne détient une vision d’ensemble.
Résultat : chacun agit dans son périmètre, souvent sans coordination. Les coûts grimpent, les primes suivent, et la population peine à comprendre pourquoi.
Comprendre pour maîtriser
Dans un système aussi complexe, la compréhension devient un acte de gouvernance.
Le calcul des primes, par exemple, dépend de données statistiques régionales, d’âges, de sexes et de catégories de risque. Ces mécanismes sont justifiables sur le papier, mais pratiquement impossibles à expliquer simplement.
Même la ministre de la santé, Elisabeth Baume-Schneider, reconnaissait récemment sa difficulté à répondre à la question : « Pourquoi la santé coûte-t-elle si cher ? »
Pour le formateur d’oghma, cette opacité n’est pas une fatalité :
« Chaque acteur, prestataire, assureur, patient, a un rôle à jouer dans la maîtrise des coûts. Mais pour agir, il faut d’abord comprendre. »
Les professionnels de la santé facturent, contrôlent, prescrivent, orientent. Le moindre geste, la moindre décision a un impact financier.
Mais peu ont reçu une véritable formation à la lecture économique du système, ni à la pédagogie des coûts vis-à-vis des patients.
Former les pilotes de demain
C’est là qu’intervient la formation continue. Chez oghma, les programmes comme Primes et coûts de santé : comprendre, piloter, expliquer visent à donner aux cadres et aux professionnels les clés pour comprendre, anticiper et expliquer les coûts.
On y apprend :
- comment sont fixées les primes,
- comment interpréter les factures,
- quelles sont les obligations d’information envers les patients,
- et surtout, comment adopter une posture de pilotage, pas seulement d’exécution.
Car piloter, c’est aussi savoir informer.
« Un médecin, une infirmière, un coordinateur doivent pouvoir expliquer ce que coûte un traitement, pourquoi une analyse est utile ou non, et quel est l’impact de leurs choix sur le système. »
La transparence devient une compétence professionnelle à part entière.
Des métiers en mutation
Pour renforcer ce pilotage, de nouveaux métiers émergent dans les hôpitaux et les réseaux de soins : case managers, patient managers, coordinateurs de parcours ou responsables qualité.
Ils assurent la continuité des soins, mais aussi la cohérence des coûts. Leur rôle : penser le parcours du patient dans sa globalité, depuis l’hôpital jusqu’au retour à domicile, en veillant à ce que chaque prestation soit nécessaire, efficace et soutenable.
Ces métiers traduisent une évolution profonde du secteur : le soin devient aussi un acte de gestion.
Et pour cela, il faut des compétences à jour, nourries par la compréhension du système et ses évolutions législatives.
Se mettre à jour pour garder le cap
Les réformes s’enchaînent : nouvelles prestations, changements tarifaires, financements cantonaux, révision de la LAMal, votation sur EFAS…
Chaque année, le cadre évolue, et les professionnels doivent adapter leurs pratiques.
« La formation continue n’est plus un plus, c’est une nécessité. Sans mise à jour, on ne peut plus agir de manière responsable dans un système aussi mouvant. »
Pour oghma, former aujourd’hui, c’est préparer les acteurs du terrain à redevenir les pilotes d’un système qui en manque cruellement.
